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Rentrées littéraires, art, écriture, roman, PYRÈNE peinture, dessin, photographie, vidéo; " L’écriture est la peinture de la voix." Voltaire

17 Apr

CHARLOTTE BRONTË BICENTENAIRE 21 avril 2016

Publié par Hélène Py

Mon livre de Jane Eyre offert par mon père. Editons Garnier Frères 1966 & Mon Carnet d'artiste

Mon livre de Jane Eyre offert par mon père. Editons Garnier Frères 1966 & Mon Carnet d'artiste

CHARLOTTE BRONTË BICENTENAIRE 21 AVRIL 2016

 

Jane Eyre fut mon premier jour de rébellion, à 12 ans et demi (jusque là; j’avais été une enfant plutôt conciliante….). C’était la première fois de ma vie que je prenais position devant ma mère.

Noël 1967 :

Ce matin là, à 7 heures tapantes (grands coups dans la cheminée, pour ma petite sœur qui elle croyait encore au père noël), au saut du lit devant la crèche avec mon grand frère et ma petite sœur (eh oui, à Marseille on faisait la crèche la veille de noël et pas de sapin anti-écolo) mon père m’avait offert ce magnifique roman de Charlotte Brontë. Le livre avait été particulièrement bien choisi par mon papa ! Il était revêtu de toile verte avec une petite photo de Charlotte Brontë. Un vrai beau livre, aux pages fines comme celles d’un missel, aux dimensions de celui-ci, en plus ! Ce qui me donna l’idée de l’emporter à la messe à la place de ce dernier.

Je me disais que ma mère n’y verrait que du feu… Parce que voilà, j’avais commencé à lire Jane Eyre en pyjamas et quand il a fallu partir à cette satanée messe à 11 heures et ben c’est tout juste si je me suis lavé la figure. Je me souviens avoir enfilé mon manteau en rechignant. J’ai attrapé Jane Eyre, j’ai poursuivi ma lecture pendant que mon père conduisait. En sortant de voiture, m’a mère m’a dit :

─« Tu vas quitter ton livre, tu le retrouveras tout à l’heure ».

Pas question, me suis-je pensé.

Je ne pouvais plus me décoller de ce bouquin, il m’avait attrapée par les tripes, je tremblais de fébrilité. Charlotte avait réussi à capter tout mon être avec sa Jane Eyre ! Dieu et ses saints ne leur arrivaient pas à la cheville et ils pouvaient aller voir ailleurs si j’y étais et aller même au diable tiens, j’ouvris religieusement et crânement Jane Eyre en pleine cérémonie de noël.

J’avais l’impression que toutes les ouailles de cette foule voyaient ma félonie… Mais ma lecture n’en devenait que plus excitante ! Si quelqu’un avait pu placer un stéthoscope sur mon cœur ! C’était moi la plus fervente de cette assemblée, j’en suis certaine aujourd’hui…

Je lisais, je lisais, m’agenouillant et me mettant debout quand il le fallait. Parfaite dans mon genre !

Je regardais de temps en temps vers l’autel et je disais à Dieu «Tu m’en veux pas, hein ? ».

Mais celle qui est parvenue à me culpabiliser, c’est ma grand-mère. Elle a fini par me donner un grand coup de coude dans mon bras, peut-être pour faire tomber par terre ce missel qui n’en n’était pas un. Elle a cafté à l'oreille de ma mère qui m’a regardée avec des yeux révolvers… jusqu'à ce que je ferme mon livre.

J’ai fermé Jane Eyre, à contre coeur, pour ne pas la contrarier davantage, pour ne pas la mettre en colère un aussi beau jour, pour ne pas perdre son amour, sans doute… Mais ma poitrine était pleine de rage contre cette religion qui me prenait dans son poing et m’écrasait comme un vulgaire cloporte, contre ma mère qui était en plein abus de pouvoir. Elle aurait pu me sourire, être ma complice. Même pas, elle se confortait avec ce vieux Dieu patriarche et misogyne qui sentait la poussière. Elle m’imposait cette force qui n’en n’était pas une, qui n’existe que dans les têtes des gens soumis.

Depuis ce jour, je suis devenue une sauvage. Je ne recherche plus que ce qui me procure une joie indéfectible. Tous ceux qui se mettent en travers de mon chemin, je les évite soigneusement. Merci Charlotte Brontë, merci à ta magnifique Jane Eyre qui m’a permis de me tenir debout et d'avoir trouvé le chemin de l'écriture moi aussi.

Voici la vidéo que je t'ai concoctée Charlotte. Elle est à ton image, pure création, libre. Le vent qui fait flotter le dessin sur papier de soie lui a finalement donné cette forme de robe, un peu comme ces robes d'été légères que tu as sûrement portées. Ta robe victorienne qui est au Musée en Angleterre, au Brontë Museum Parsonnage, va faire le tour des musées pour tes 200 ans et je suis sûre que tu t'en moques...

Quand j'aurai terminé d'écrire la nouvelle qui me tient à coeur en ce moment et que je vais publier sur Kindle Amazon avec Joif, je reprendrai le carnet que j'ai commencé sur toi. J'ai toute l'éternité pour le terminer, comme toi.

 

ORDRE ET DÉSORDRE

dans Jane Eyre de Charlotte Brontë

Par Claire MÉRIAS

La robe de Charlotte Brontë

La robe de Charlotte Brontë

Commenter cet article

Pyrène 23/04/2016 12:56

Merci Marie-Cécile d'être là aussi ! Je ne vois plus ton lien Overblog sur ton wizzz ! l'aurais-tu fermé par Hasard ?

Marie-Cécile Objectivement Nature 22/04/2016 21:23

J'aime beaucoup ta prise d'indépendance, le cadeau responsable - à croire que c'est un acte manqué de la part de ton père - le moment - noël, le lieu - l'église... comme une lutte douce pour aller vers... notre propre vie, une prise de conscience, de position, une reconnaissance du petit soi de que l'on est à 12 ans un peu passé.

Pyrène 23/04/2016 13:04

Oui, tu as raison ! Un acte manqué de mon père (alors que je parle surtout de ma mère ici). Parce que j'ai analysé le fait qu'il m'ait offert ce livre. Lui aussi était un passionné et il adorait lire. Quand il a vu que je dévorais Jane Eyre, il m'a dit: "Je le savais qu'il te plairait !". Complicité au-delà des mots...

Marie-Cécile Objectivement Nature 22/04/2016 21:16

Ah non, au vu de la photo, la robe n'est pas si légère que ça, du moins l'objet :-)

Les caprices de Cachou 17/04/2016 19:47

Ce jour-là, tu as peut-être commencé à vraiment quitter l'enfance, à t'inscrire dans l'indépendance de la pensée et des actes. Une étape forte, une date symbolique, un livre ....

Hélène Py 18/04/2016 00:21

Merci Cachou ! Toi ici, cela me fait grand plaisir ! Oui, une étape si forte, que ce bicentenaire a remué le passé au point de me relancer vers mes émotions d'enfant; comme quoi, l'enfance ne meurt pas; au contraire, elle se met étrangement à peser de tout son poids à mesure que l'on prend de l'âge...

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